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Apprendre la musique, ça coûte vraiment cher.

Pas d’accord, me direz-vous, car ces dernières années, on voit fleurir une quantité importante de propositions qui visent à la rendre plus accessible, notamment grâce aux cours en ligne. Plus besoin de franchir le seuil d’un conservatoire ou d’une école de musique pour ça. La peur de rentrer dans ce type d’établissement, liée à tout un tas de biais et de préjugés que nous pouvons avoir sur eux et sur nous-mêmes, peut être rapidement balayée. En quelques clics, vous trouvez des enseignements virtuels que vous suivez à votre rythme, avec ou sans professeur et pour peu de frais.

La musique à portée de clic. Facile, flexible et peu coûteuse.

Sauf que…

⇒ Ne prendre le sujet que par l’unique prisme du coût des cours revient à occulter d’autres enjeux de coûts tout aussi importants dans l’équation “ça vaut le coût de jouer de la musique ?”. Plongeons ensemble dans le sujet !

La musique : combien ça coûte ?

Le bruit des pièces qui s’entrechoquent

Puisqu’il s’agit du plus évident, détaillons d’abord la question du coût financier. Nous parlions précédemment du coût des cours, moindre si on les prend en ligne, plus élevé si on s’inscrit dans une structure comme une école ou un conservatoire, voire auprès d’un professeur particulier. C’est le premier aspect de la question. S’ajoutent à cela deux préalables : la location ou l’achat de l’instrument qui varie énormément en fonction du choix de l’instrument et l’achat des méthodes consacrées à la période d’étude, puis des partitions.

Se lancer dans l’apprentissage de la musique représente donc un coût d’entrée significatif, allant de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros, en dépit des aides auxquelles il est possible d’accéder dans le cadre de structures municipales ou associatives, mais souvent réservées aux plus jeunes d’entre nous. En complément, rajoutons le coût du déplacement pour se rendre à chaque cours dans l’hypothèse (fréquente) où ils sont pris en présentiel. De plus en plus souvent, il est aussi proposé aux élèves de participer à des événements collectifs pour accélérer la progression via d’autres leviers pédagogiques comme les concerts et spectacles, les stages, les masterclass… tout cela représente la plupart du temps un coût d’inscription, mais aussi des frais de déplacement additionnels.

Bref ! S’en tenir à l’acception financière du terme “coût” nous permet déjà de prendre conscience de l’éclatement du coût de l’apprentissage musical.

Le bruit de la trotteuse de votre montre

Allons à présent explorer d’autres pistes. En dehors de notre argent, nous disposons d’une ressource tout aussi précieuse après laquelle nous sommes beaucoup à courir : j’ai nommé le temps ! Où l’apprentissage musical demande-t-il du temps ?

Nous en avons besoin pour prendre des cours régulièrement afin de nous assurer de progresser et d’être corrigé, entre une fois par semaine et une fois toutes les deux semaines. Nous en avons besoin pour nous rendre à ces cours s’ils sont en présentiel. Nous en avons aussi besoin pour répéter nos morceaux entre chaque cours ou réviser notre solfège sans quoi les cours ne porteraient probablement pas tous leurs fruits. Nous avons également besoin de temps pour nous familiariser avec notre répertoire, dans des temps d’écoute active pour affiner notre oreille, notre sensibilité aux capacités de notre instrument ou pour nous inspirer. Enfin, nous avons besoin de temps pour chercher et nous procurer les partitions que nous souhaitons travailler si notre professeur ne s’en charge pas pour nous.

Tout cela consomme notre temps de façon importante, avec, en bout de ligne, la grande question de son emploi “utile” (ou de son efficacité) face à sa “rareté” (conception que je ne détaillerai pas ici et qui peut grandement être discutée).

Le bruit de votre bâillement étouffé

Enfin, abordons le “coût” de la musique sous un dernier angle. Apprendre la musique nous demande une dernière ressource sans laquelle ni notre argent, ni notre temps ne pourront faire grand chose : il s’agit de notre énergie. La musique, comme tout apprentissage, c’est aussi des efforts. Intellectuels, bien sûr, mais aussi physiques pour la plupart des instruments. Rappelez-vous à quel point votre posture pour jouer, probablement acquise à ce jour, n’était pas naturelle au départ. Même chose pour votre souffle si vous jouez d’un instrument à vent. La musique nous demande d’impliquer notre tête ainsi que notre corps. Nous retrouvons ici les rituels de l’apprentissage comme principaux consommateurs d’énergie : pour répéter régulièrement et persévérer face aux difficultés, pour aller aux cours après la journée de travail ou avec un professeur plus ou moins adapté à notre personne, pour se confronter à des situations challengeantes comme des auditions, des concours, des concerts… Tout cela nous demande de mobiliser notre attention, nos capacités intellectuelles, nos émotions, notre endurance ou notre force physique.

La musique (nous) coûte cher, c’est indéniable.

Arrêter sa pratique : une décision fréquente

Et pourtant, il est surprenant de mettre cela à côté d’une autre réalité mise en lumière par un sondage IFOP de 2017 (1) : 44% des Français regrettent de ne pas avoir appris à jouer d’un instrument de musique et 31% ont appris mais n’en jouent plus ou quasiment plus.

Deux choses ici. Le sondage ne le dit pas, mais il est très possible qu’une part des 44% des français regrettant de ne pas avoir appris à jouer de la musique n’ait pas pu le faire pour une question de coût (toutes acceptions confondues). Par ailleurs, que 31% des personnes interrogées aient abandonné leur pratique alors qu’apprendre, on l’a vu, représente un coût considérable questionne forcément. Ramené aux seules personnes qui déclarent avoir appris à jouer de la musique, c’est 84% des personnes. Une écrasante majorité.

Au vu de ces chiffres, on est en droit de se demander à quel point les coûts énumérés précédemment sont pensés comme tels. Quelle conscience existe-t-il du temps, de l’énergie et de l’argent consacré à l’apprentissage de la musique ?

C’est pour sensibiliser à cette question que j’ai voulu écrire cet article.

J’ai envie d’arrêter, mais je doute

J’aimerais parler ici des actions que l’on peut mener en tant que musicien ou musicienne quand on sent que l’on pourrait bientôt être de ces 84% d’instrumentistes qui abandonnent leur pratique. Prendre conscience des coûts est une première chose indispensable pour réaliser à quel point il est dommage de mettre tout cela de côté, tous ces efforts, tout ce temps, tout cet argent. Mais cela ne dit pas quoi faire pour éviter que la situation n’empire insidieusement.

Je suggère d’abord aux musiciens et musiciennes qui se retrouvent dans ce constat de revenir à deux questions fondamentales.