Ce titre, on dirait que je le sors d’un mauvais magasine féminin, vous ne trouvez pas ?
Et pourtant, il reflète une réalité difficile pour beaucoup d’instrumentistes qui veulent progresser : l’entraînement, la répétition lassent et peuvent finir par effacer la dernière trace de motivation qu’il nous reste. On joue, rejoue et rerejoue la même phrase musicale jusqu’à ce qu’elle sonne “bien”, jusqu’à avoir l’effet escompté, jusqu’à ce que notre oreille nous dise “oui, c’est ça que tu cherchais”. Sauf qu’à force de persister, on se heurte parfois à un obstacle. Et peu importe les efforts, ça ne passe pas, on n’y arrive pas. Le rendu n’est pas là.
Quand cela arrive une fois ou deux, ça n’est pas un problème. On passe à autre chose, on y revient plus tard, avec un autre état d’esprit. Et parfois, ça fonctionne. Mais quand les répétitions ne changent vraiment rien, que la complexité que l’on recherche semble réellement hors de portée, c’est là que l’obstacle devient mur : immense, infranchissable, imperméable. La question qui arrive naturellement dans pareil contexte, c’est celle de la motivation et de la manière dont on peut continuer à avancer malgré la difficulté.
⇒ Comment persévérer dans les répétitions quand notre motivation disparaît ? Et quelle motivation peut tenir face à de tels murs ?
Commençons par poser le cadre de notre réflexion. Dans “comment bien s’entraîner”, il y a “bien”.
… 👏
C’est bon, je peux passer en CE1. Vous venez avec moi ?
Plus sérieusement, je m’attarde sur ce petit mot de rien du tout parce qu’il importe beaucoup dans la formule. Dans “bien”, ce qui saute aux yeux en quelques instants, c’est le jugement moral qu’il contient. Ce jugement, on le porte au regard de ce qui se fait habituellement ou de ce qui se fait pour maximiser ses chances de réussir. “Bien s’entraîner” ce serait donc s’entraîner conformément à ce que mes pairs font, en termes de fréquence, de durée, de technique, de concentration… dans l’optique de réussir.
Mais réussir quoi ?
Si l’on remplace ce terme par d’autres plus spécifiques, on arrive à des formulations comme : obtenir plus vite ou plus facilement un effet particulier, atteindre un niveau donné qui permet de jouer tel morceau, relever un challenge scénique dans un délai imparti.
La notion autour de laquelle nous tournons ici, c’est celle de l’objectif ou du but, ce qui nous permet de poser ce premier élément : “bien s’entraîner” doit toujours faire référence à un objectif précis, sinon, cela devient une injonction dogmatique. L’adverbe “bien” ne peut avoir une portée générale dans le cas présent.
Donc la première chose à faire quand on questionne sa façon de répéter et de s’entraîner, c’est de se rappeler ce après quoi l’on court. Si c’est flou, si c’est difficile à énoncer, alors il faut commencer par clarifier cet objectif.
A présent, nous pouvons nous tourner vers la question de la motivation en tant que telle. On l’a vu, rester motivé.e quand les obstacles et les murs se multiplient sans pouvoir les franchir, c’est compliqué. La première partie de cet article nous montre que c’est encore plus difficile quand on perd de vue son objectif.
Logique, mais au fond pourquoi cela fonctionne-t-il ainsi ? Pourquoi a-t-on besoin d’un objectif ?
En psychologie, on distingue deux “directions” que peut prendre la motivation. De nombreux termes peuvent être employés selon les théories élaborées, mais je m’en tiendrai à “extrinsèque” et “intrinsèque”, issus de la théorie de l’auto-détermination (1) (2).
La motivation dite extrinsèque est un mouvement de l’extérieur vers l’intérieur. Elle nous vient d’attentes de la société auxquelles on se plie, soit parce que nous les avons intériorisées (exemple : commencer par dire bonjour ou saluer lorsque l’on rencontre quelqu’un), soit parce que nous cherchons par ce biais à obtenir une récompense, une compensation ou à éviter une situation problématique (exemple : j’aide mon amie à déménager car je sais qu’elle en fera de même lorsque ce sera mon tour). En fonction de ce qui est attendu de moi, j’adapte mon attitude ou mon discours. Lorsque ma motivation est extrinsèque, mon comportement traduit les règles du monde où j’évolue : le mouvement vient donc bien de l’extérieur jusqu’à moi.
La motivation dite intrinsèque, à l’inverse, est un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. Elle nous vient de ce qui nous inspire, de ce qui nous tire vers l’avant (exemple : devenir une musicien.ne doué.e qui joue avec fluidité, plaisir et naturel). Elle fait appel à des leviers plus profonds, plus puissants et aussi plus durables que la motivation extrinsèque car elle repose sur nos besoins, des plus fondamentaux comme nos besoins physiologiques, aux plus “élevés“ comme nos besoins d’accomplissement. Si l’on reprend l’exemple cité, les besoins sous-jacents pourraient être un besoin de réalisation de soi (par l’atteinte d’un objectif précis), un besoin reconnaissance (sous le regard d’autrui), un besoin de stimulation ou d’exploration (par le challenge)… Tous ces besoins se valent, ils disent simplement des choses différentes sur le pourquoi qui sous-tend nos choix d’objectifs ou de projets. La motivation intrinsèque met ainsi en valeur ce que l’on cherche à atteindre réellement au travers de notre action. L’action en question n’est pas une fin en soi, ni ne me sert à me conformer aux règles d’un groupe : elle me permet d’être en prise avec ce que je veux vraiment.